Séché Environnement est le fruit d’un projet entrepreneurial initié il y a une trentaine d’années dans le domaine du traitement des déchets et de leur valorisation aujourd’hui. Jalonnée d’ajouts de technologies complémentaires jusqu’à devenir un acteur polyvalent à même de prendre en charge tous les types de déchets dans ses installations, son histoire a permis d’atteindre une stature d’abord nationale, puis d’initier la prospection internationale. Dans un monde en pleine mutation où les préoccupations de la Société à l’égard de son environnement ont profondément évolué et qui caresse l’espérance d’une économie qui subviendrait à ses besoins sans épuiser la planète, notre entreprise s’est muée en pourvoyeuse de ressources au sein d’une économie circulaire.

Vers un monde plus résilient ?

 

Maxime Séché : Au départ il fallait « simplement » gérer les nuisances des déchets (odeurs, santé, visuel). Aujourd’hui le regard que nous portons sur ces mêmes déchets s’est modifié et le concept d’économie circulaire s’est imposé. Omniprésent, il guide nos actions vers une utilisation optimale des ressources en vue de systématiser la valorisation des déchets.

S’agit-il d’un concept aux résonances utopiques que de vouloir faire des déchets des uns les ressources des autres ? Pouvons-nous imaginer que l’économie puisse prospérer sans puiser gravement dans les stocks de notre planète ?

 

M.S. : Il est vrai que la mise en oeuvre d’une économie circulaire est complexe car elle nécessite de faire cohabiter harmonieusement des éléments issus de domaines aussi divers que la technique, l’économie et – avant tout – sociétaux. C’est donc au coeur d’un projet de Société que se bâtit la priorisation des actions : savoir mettre en place la bonne filière pour retirer un maximum de ressources d’un déchet donné en fonction debesoins futurs, sans pour autant générer d’impacts qui seraient contreproductifs globalement. Pour cela il est primordial d’être toujours pro-actif en matière de préservation des ressources, de la biodiversité et en luttant contre le dérèglement climatique.

Il s’agit de reconstruire une organisation idéale de la Société, ou qui s’en rapproche, basée sur des comportements modifiés, une organisation à repenser… et ceci pour le bien commun de l’Humanité.

Avec des modèles économiques transformés ?

 

M.S. : Le métier, ou plutôt les métiers, du déchet ont accompli en quelques années une profonde mutation. L’approche de la problématique se faisait historiquement à partir de l’idée qu’il fallait éliminer le déchet et le mettre en sécurité. Puis nous sommes entrés dans une logique d’extraction d’une fraction de matière utilisable et de recherche d’un acheteur potentiel. Ce dernier imposait généralement une décote de prix car la matière n’était pas vierge, quelles qu’aient été les qualités du recyclage. C’était un principe de la négociation commerciale.

 

Aujourd’hui le modèle économique s’est quasi inversé avec une motivation écologique renforcée et des intérêts économiques révisés : Il faut être à l’écoute des besoins des marchés en matières premières et énergie pour extraire du déchet la fraction porteuse de valeur ajoutée qui est attendue par les marchés dans un contexte de raréfaction des matières (épuisement des gisements ou accès géostratégique difficile) dans un esprit d’économie circulaire.

Le ciblage de la molécule d’intérêt à valoriser précède ainsi la définition des procédés industriels qui le permettront. C’est le début d’un processus itératif qui a pour but de rechercher l’adéquation entre les spécifications techniques en entrée de filière de réutilisation (le besoin du consommateur), et les caractéristiques intrinsèques du déchet qui contient la ressource recherchée (le gisement de ressources). La valorisation du brome que nous avons mise en place récemment relève de cette logique.

Y a-t-il une place de choix pour l’innovation et les technologies nouvelles ?

 
M.S. : Cette mutation des marchés implique un infléchissement des investissements vers de nouvelles technologies et de programmes de recherches qui ouvrent des horizons d’innovation différents à ceux explorés jusque-là, comme par exemple la fabrication d’un plastique biosourcé et biocompostable (PHA polyhydroxyalcanoate). Ce plastique est issu de la mise en œuvre de bactéries marines sur des résidus de l’industrie agroalimentaire et répond aux exigences d’une réglementation récente restrictive pour les plastiques ex-hydrocarbures pour certains usages (sacs de caisse ou vaisselle).

Vers quel modèle de société devons-nous tendre ?

 
M.S. : Construction imaginaire et rigoureuse d’une société, qui constitue par rapport à celui qui la réalise, un idéal. C’est la définition de l’utopie, et finalement l’économie circulaire se rapproche d’une utopie dans le sens où il s’agit de reconstruire une organisation idéale de la Société (ou qui s’en rapproche), basée sur des comportements modifiés, une organisation à repenser … et ceci pour le bien commun de l’Humanité en lui préservant des ressources pour l’avenir. Le déchet en est l’une des composante, majeure après celles de la frugalité nécessaire pour notre consommation et de l’écoconception. Le déchet est mis en lumière, il est une partie de la solution, il permet de fermer la boucle.

 
Il nous appartient, à nous professionnels, de mettre en oeuvre cette économie circulaire dans les conditions économiques réelles et sous contraintes réglementaires croissantes. C’est la tâche dévolue à tous nos collaborateurs. Toute cette aventure ne serait pas possible sans toutes les femmes et les hommes qui y contribuent quotidiennement, et en particulier dans notre société. Qu’ils en soient ici publiquement remerciés.

Comment évoluer vers l'indispensable ?

 
M.S. : Avec l’avènement du concept d’économie circulaire, tout un chacun souscrit à l’idée d’une Société où le déchet est reconnu comme une ressource à mobiliser. Encore faut-il un lieu où exercer cette activité, une localisation cohérente avec les gisements de déchets et/ou les bassins d’utilisation des matières premières secondaires et de l’énergie valorisés, ce qui implique de proposer aux acteurs économiques l’intégration à une écologie industrielle territoriale.

 

L’activité concourt au développement des territoires où le Groupe est implanté. Plus de deux fois autosuffisant en énergie, Séché Environnement est fournisseur d’électricité, et localement d’énergie thermique à des industriels, à une coopérative agricole et à des réseaux de chaleur urbains. Sa production d’énergie à partir des déchets permettrait de couvrir les besoins en électricité (hors chauffage et eau chaude) de près d’un million de personnes. Et trente-cinq pourcent de cette énergie est qualifiée renouvelable.

 
Séché Environnement en France a adapté son organisation afin d’être au plus proche des producteurs de déchets et d’orienter au plus juste les déchets vers l’outil le mieux adapté. Ce savoir-faire est exporté par le Groupe en exploitant des filiales de traitement de déchets dangereux comme en Allemagne, en Espagne, au Mexique, en Argentine ou plus récemment au Pérou. Mais la combinaison des outils en France et du savoir-faire de dépollution permettent aussi au Groupe de se projeter sur les cinq continents dans le cadre de grands appels d’offres de décontamination ou traitement de pollutions pour le compte de donneurs d’ordre comme les Nations Unies, la FAO ou les instances européennes.